Vendredi 4 novembre 222

Ouistreham 

Réalisé par Emmanuel Carrère avec Juliette Binoche, Hélène Lambert.

 Festival de Cannes 2021 : sélection Quinzaine des réalisateurs (film d’ouverture)

Ouistreham

Marianne Winckler, écrivaine reconnue, entreprend un livre sur le travail précaire. Elle s’installe près de Caen et, sans révéler son identité, rejoint une équipe de femmes de ménage. Confrontée à la fragilité économique et à l’invisibilité sociale, elle découvre aussi l’entraide et la solidarité qui unissent ces travailleuses de l’ombre.

Carrère invente un film à la lisière de plusieurs mondes, sur le fil, un film-funambule ouvert à des perspectives vertigineuses. Ce qui est peut-être le plus sûrement documenté dans ce long métrage bouleversant et simple à la fois, c’est l’écart, l’étanchéité entre les milieux sociaux, l’écart entre le réel et sa mise en forme artistique, l’écart entre la précarité et ceux qui n’en souffrent pas, l’écart entre deux réalités parallèles, le monde des écrivains et celui des femmes de ménage.

Au-delà du drame social à la Ken Loach qu’ébauchent les premières scènes, il creuse son attrait pour le mensonge et la duplicité en décrivant les états d’âme de son héroïne, coincée dans une relation qui ne peut que tourner à la trahison.

Si le film est si fort, c’est qu’outre la prestation remarquable de la Juliette Binoche dans le rôle de Marianne/Florence, le réalisateur a eu l’idée d’embaucher en têtes d’affiche de véritables travailleuses locales, qui y jouent leur propre rôle, donnant à son œuvre une incroyable authenticité.